Vibrionaceae et Aeromonadaceae

[ morphologie - classification | habitat | pouvoir pathogène | isolement | identification | traitement et antibiogramme | prophylaxie | compléments]

mardi 4 janvier 2005

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1. morphologie classification

Une bactérie appartenant à la famille des Vibrionaceae ou des Aeromonadaceae, telle qu'on peut la définir aujourd'hui, est :

un Bacille ou un Coccobacille Gram - parfois incurvé (en virgule)
mobile par ciliature polaire (avec un mouvement bien particulier) ou immobile,
de culture facile sur géloses ordinaires
aéroanaérobie et de type fermentatif du glucose
oxydase positive
réduisant en général les Nitrates en Nitrites
habituellement catalase +

Trois genres principaux dans la famille des Vibrionaceae : Vibrio, Listonella, Photobacterium
Un genre dans la famille des Aeromonadaceae : Aeromonas.
Aucun caractère biochimique ne permet de distinguer seul les différentes familles.

Plesiomonas, parfois classé dans la famille des Vibrionaceae, est génétiquement très proche de Proteus, Entérobactérie, et doit, quoique il en coûte, y être placé. On ne peut définir une famille sans aucun regard (ou un regard limité) sur le DNA des bactéries ! Plesiomonas est donc une Entérobactérie.

Le génome de Vibrio cholerae est entièrement séquencé. Il contient 4 033 460 paires de bases (4 Mpb) réparties sur deux DNA circulaires (2,96 Mpb et 1,07 Mpb). Les gènes de virulence sont sur le premier, et 105 gènes sont en double, un exemplaire par chromosome. (Le Monde 4 août 2000)

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2. habitat

Les Vibrionaceae et les Aeromonadaceae sont des bactéries fréquentes dans les eaux (de rivière et de mer). Certaines sont halophiles (ne peuvent vivre qu'en présence de "sel"). En fait on trouve des halophiles se multipliant mieux en présence de sel mais capables de se multiplier dans les milieux hypotoniques, des halophiles "stricts" ne cultivant pas en milieux hypotoniques. L'élément indispensable est semble-t-il le sodium. Le degré de tolérance vis à vis de la concentration sodique dépend des souches). Vibrio cholerae est tolérante aux milieux hypotoniques tandis que Vibrio parahaemolyticus ne peut y cultiver.

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3. pouvoir pathogène

C'est essentiellement le choléra qui pose problème ce qui n'exclut pas l'intervention d'autres Vibrionaceae ou Aeromonadaceae dans différents syndromes opportunistes. On peut en particulier noter le rôle de Vibrio parahaemolyticus dans quelques intoxications alimentaires liées à la consommation de produits de la mer très rares en France.

Le choléra est une maladie redoutable caractérisée par une diarrhée afécale (en eau de riz) qui peut être extrêmement importante (10 litres par heure ) et va entraîner la mort par déshydratation. De nombreux cas sont asymptomatiques ou avec une diarrhée légère (de 4/5 pour V. cholerae cholerae à 1/40 pour Vibrio cholerae El tor).

Le choléra est essentiellement du à une toxine protéique qui se fixe sur l'entérocyte, provoque une augmentation de l'AMPc intracellulaire ce qui conduit à des modifications de la perméabilité aux Chlorures qui sont excrétés de la cellule et entraînent la perte sodée et liquidienne.
(voir toxines cytotoniques)

La bactérie, découverte par Koch en 1883, ne se multiplie que dans la lumière de l'intestin : elle n'est pas invasive (au sens de pénétration dans l'individu proprement dit comme au sens d'invasion intracellulaire).

Le vibrio cholérique appartient au sérotype O1. Il existe deux biovars, classique et El tor. On peut distinguer trois variétés antigéniques plus ou moins claires (Inaba, Ogawa et discutée Hikojima).

Un nouveau Vibrio de sérotype O139 est apparu en 1993 dans le sous-continent indien. Il semble redoutable et très épidémique mais n'a pas disséminé au delà. Il résulte probablement d'échanges génétiques entre Vibrio. Il existe en effet 150 sérovars de V. cholerae.

La pandémie actuelle a débuté en 1961 en Indonésie et s'est répandue dans le monde entier, essentiellement fixée dans les pays pauvres d'hygiène fécale défaillante et chauds :

  • Amérique latine (sauf Argentine, Paraguay, Uruguay et Guyanes
  • Afrique noire y compris Madagascar.
  • Iraq, Iran, Afghanistan, Inde, Viet-Nam, Cambodge...

État mondial du Choléra

Épidémie actuelle (Vibrio eltor)

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4. isolement

Un enrichissement est possible, particulièrement en cas de recherche chez le porteur sain. Il est réalisé en eau peptonée salée (30 g.dm-3) alcaline (pH 8,8 environ). La durée de l'incubation doit être courte.

L'isolement peut être réalisé sur gélose TCBS (thiosulfate, fer III, citrate, bile, saccharose, BBT et BT, pH 8,6) directement ou à partir de la surface de l'eau peptonée alcaline d'enrichissement. Les colonies suspectes sont H2S -, saccharose + et oxydase +.

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5. identification

On prendra garde aux souches halophiles qui nécessitent pour la plupart d'entre-elles une concentration minimum de sodium.

L'identification des colonies reposera sur :

Il existe des techniques de dosage de la toxine (essai sur des cellules en culture, particules de latex sensibilisées par des anticorps anti TC, Elisa ) ou de mise en évidence du gène codant pour la toxine (ctx) par sonde moléculaire clonée chez E. coli agissant sur les fragments de restriction de l'ADN de la bactérie testée.

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6. traitement et antibiogramme

Le traitement est essentiellement symptomatique grâce à la réhydratation du malade. On utilise :
- la voie veineuse avec un liquide de Ringer au lactate (soluté isotonique riche en hydrogénocarbonate et potassium)
- la voie orale, si elle est possible (absence d'importants vomisements) avec un sel de réhydradation orale OMS/UNICEF de composition suivante pour 1 L :

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7. prophylaxie

La prophylaxie reposera sur :

Voir : le Choléra dans tous ses aspects (en particulier revue des vaccins)

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Ce texte a été écrit par Jean Noël Joffin qui souhaite que vous lui transmettiez vos critiques.4/01/05

compléments

un témoignage sur le choléra par Claudine SCHUSTER (2000) :

    La situation du choléra devenant explosive et absolument déconcertante, il me démange de vous raconter ce que je découvre! Les rares "pontes" du Ministère de la Santé sont arrivés hier: nous en sommes à 850 décès recencés avec une véritable "flambée" qui est apparue depuis Noël, en même temps que les pluies. Les barrages de doxycycline (antibiotique de la famille des tétracyclines) n'ont évidemment pas empêché le Vibrio de s'installer sur tout le territoire maintenant, même si, d'après les spécialistes, ils ont quand même permis de ralentir son expansion.

    Dans la région de Tuléar (côte Sud-ouest) il y a eu 100 morts en une semaine et la municipalité est paniquée: c'est une région que nous avons découverte à la Saint Sylvestre, peuplée à l'origine par les pécheurs Vezo dont les traditions funéraires sont très particulières. Les morts doivent être exposés sur la plage devant leur habitation pendant 10 jours, temps nécessaire pour qu'ils "sèchent" au soleil et que l'on fasse la fête autour du corps tous les soirs. On y danse et on y boit beaucoup de rhum, moins cher que l'eau minérale bien sûr... On peut ensuite l'enterrer, dans un tombeau souvent beaucoup plus grand que la maison du défunt et construit en dur ce qui endette souvent la famille pour une génération sinon plus ! Il faut aussi abattre un maximum de zébus pour nourrir tous les invités. Qu'à cela ne tienne un Malgache même pauvre doit être bien enterré, c'est primordial. Ici, près de Tananarive (Antananarivo), c'est aussi important mais il n'y a pas l'étape de l'exposition du corps, c'est donc un peu plus facile à gérer au niveau hygiène. Cela dit, les gens ont tellement peur que l'on refuse de leur rendre leurs morts qu'ils ne conduisent pas les malades à l'hôpital. Ils ont vu à la télé que les cadavres de cholériques étaient mis dans des sacs plastiques et jetés dans une fosse crésylée et c'est la honte absolue pour eux.

    Par ailleurs, depuis longtemps déjà, les équipes de "médecins du monde" s'arrachent les cheveux à Tuléar ou une autre tradition empêche les Vézo d'utiliser les latrines; en effet, puisque ce que l'on enterre est sacré ( = les ancêtres) il leur est impossible d'enfouir leurs déchets, et de mélanger ceux des hommes et des femmes: chacun se soulage donc sur la plage, et quand la marée monte: environ 50 cm d'une eau bien chaude et bien salée vient " nettoyer" tout cela. Vous imaginez sans doute la joie pour ce cher Vibrio !!

    Nous sommes donc loin d'un seul problème d'hygiène et c'est un choléra "culturel" qui est en train de disséminer une population que pas grand monde n'a pris soin d'éduquer, même si je reconnais que la tâche n'est pas facile. Je me demande parfois si c'est l'an 1000 ou l'an 2000 que l'on vient de fêter..

le Choléra dans tous ses aspects (en particulier revue des vaccins)
Infection d'origine alimentaire à Vibrio parahaemolyticus (BEH 1999)
VOIR : http://medecinetropicale.free.fr/cours/cholera.htm
VOIR : http://www.microbes-edu.org/professionel/diag/vibiro.html
VOIR http://www.who.int/emc-documents/cholera/docs/whoemcdis973rev1f.pdf
Vous téléchargerez un document de 127 pages "Méthodes de laboratoire pour le diagnostic de la dysenterie épidémique et du choléra du CDC d'Atlanta 2002
MODE D'ACTION DE LA TOXINE