Anaérobies strictes

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 Mercredi, 18 janvier 2006


1. Qu'est ce que les anaérobies strictes

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2. Méthodes d'étude des Bactéries anaérobies strictes

2.1 méthodes pour obtenir et conserver l'anaérobiose

maintien de l'anaérobiose

Le but fondamental est d'éliminer l'oxygène.
Mais il faut de plus éviter qu'il ne revienne : le conditionnement est donc essentiel avec :

  • des tubes à section étroite
  • des milieux gélosés où l'oxygène diffuse mal
  • des milieux sous paraffine ou vaseline
  • des enceintes hermétiques ou jarres ou des hottes anaérobies.

régénération des milieux

C'est le procédé de dégazage le plus simple : l'ébullition assure par diminution de la solubilité des gaz avec l'augmentation de la température, le départ de l'oxygène (et des autres gaz de l'air).

réduction chimique de l'oxygène

atmosphère gazeuse artificielle

L'air est éliminé par des gaz purs : azote par ex.
Des milieux sont conditionnés sous azote comme le milieu pour la galerie API20A.
Les enceintes anaérobies sont de même sous une atmosphère artificielle.

remarque :

Il existe des molécules permettant de "mesurer" le niveau de l'naaérobiose, le rH2. Ce sont des colorants existants sous deux formes selon létat rédox du milieu, des indicateurs rédox. Un des plus connus c'est le bleu de méthylène qui est bleu en présence de dioxygène et blanc en milieu réduit.

2.2 techniques d'isolement

isolement en profondeur (technique ancienne)

On utilise une série de géloses VF sans recharger entre elles et sans stériliser la pipette. Il faut 6 géloes pour une souche pure et 12 pour un mélange. On préfère aujourd'hui d'autres techniques mais la conservation des souches est ainsi très efficace sans précautions particulières. La récupération des bactéries impose de casser stérilement le tube. L'opération est délicate (voir Dictionnaire des techniques, fiche Isolement pages 120)

isolement en surface (technique à utiliser aujourd'hui)

L'isolement se fera sur milieux riches comme la gélose au SANG frais ou la GC + PV.
Il devra être incubé en anaérobiose en jarre.

isolement sélectif en surface

Des antibiotiques permettent d'assurer une sélectivité à l'isolement :
ex : Kanamycine + Vancomycine pour l'isolement des bacilles gram négatif du genre Bacteroides.

Pour les bactéries sporulées, on peut facilement éliminer les formes végétatives et les autres bactéries par chauffage 10 minutes à 80°C.

2.3 technique pour l'examen microscopique à l'État frais

Une effilure de pipette Pasteur recueille un peu de bouillon étuvé. On coupe cette pipette et on la place sur une lame. On obture les extrémités avec de la paraffine fondue. Cette technique ancienne n'est pas facile à mettre en oeuvre dans des conditions de sécurité optimales.
Certains auteurs préconisent l'état frais luté tel qu'il était réalisé antan pour toutes les bactéries. Or le lutage risque de provoquer la formation d'aérosols, chauffe la lame, prend du temps : la mobilité sera beaucoup plus facile à détecter sur un état frais classique (bouillon anaérobie) pourvu qu'il soit observé très rapidement.

2.4 milieux de culture

Considérations générales

Ce sont des bactéries exigeantes : l'apport de facteurs de croissance est nécessaire en particulier l'hémine ou la vitamine K1 pour certains germes. Le sang (ou le sang laqué) est donc un bon candidat pour l'enrichissement, d'autant qu'il apporte la catalase.
L'apport de substances réductrices est utile (cystéine, thioglycolate...) au maintien de l'anaérobiose.

Milieux de base

milieu de Schaedler :

milieu TGY (trypticase-Glucose-Yeast)

milieu VF (viande foie)

milieu VL (viande levure)

Milieux liquides (enrichissement-culture)

bouillon de Schaedler

bouillon VF ou VL

milieu de Rosenow :

Milieux solides d'isolement

gélose au sang frais (base : Columbia, Schaedler...)

gélose VF qui reste le miielu de choix pour la conservation des anaérobies strictes.

milieu TSC (Tryptone-Sulfite-Cyclo-sérine) Ce milieu est utilisé pour l'isolement de Clostridium perfringens des eaux.

milieu de Willis

On peut étaler sur une demi-boîte du sérum anti Cl. perfringens pour inhiber l'action enzymatique.

2.5 identification

Les milieux anciens utilisés sont aujourd'hui détrônés par des technqiues miniaturisées, et plus particulièrement par des méthodes mettant en évidence des enzymes en aérobiose. La chromatographie en phase gazeuse peut être utilisée parfois.

Milieux classiques pour l'identification

Galerie API20A

La galerie API20A est calquée sur la galerie API20E mais l'inoculation est faite avec un bouillon de Schaedler (additionné de tryptophane) fortement ensemencé et conditionné sous azote. L'incubation est anaérobie.
On recherche la fermentation

Galerie API32 A

Cette galerie est basée sur un inoculum important et une incubation courte et AÉROBIE.
Les recherches sont donc essentiellement enzymatiques :
Uréase, ADH,diholosidases, Arylamidases, etc…

Chromatographie en phase gazeuse

La chromatographie en phase gazeuse est utilisée de deux façons en microbiologie et trouve une application particulièrement importante pour les anaérobies :

Les profils obtenus, dans des conditions qui doivent être parfaitement standardisées, conduisent à l'identification par comparaison avec des profils standards établis par ailleurs.
Des difficultés techniques et la nécessité d'une base de données importante, ralentissent considérablement l'utilisation de cette technique ancienne en routine.

Ex : CPG de Clostridium difficile :

Antibiotype (Anaérodiscs bioMérieux) pour les Gram négatifs

N'oublions pas qu'il faut ABSOLUMENT VÉRIFIER QUE LA SOUCHE EST ANAÉROBIE STRICTE AVANT d'identifier. La technique la plus fiable est l'absence de culture sur gélose au sang frais anaérobie.

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3. Les différentes bactéries anaérobies strictes

La taxonomie des anaérobies strictes n'est pas aussi évidente qu'il n'y paraît. En effet, une bactérie cultivant habituellement en aérobiose peut devenir anaérobie stricte par perte de gènes essentiels à la vie aérobie. Il n'est donc pas surprenant de trouver des Streptococcus ou des Lactobacillus anaérobies strictes ! Nous avons pu ainsi trouver un Lactobacillus identifié comme acidophilus (en API20A) dans une selle normale... trouvant là une source possible pour la flore vaginale !

L'habitude est de distinguer les sporulés sous la dénomination de "flore tellurique" des autrs anaérobies strictes. On verra que le qualificatif de tellurique est très certainement faux.


3.1 Les bacilles gram positif anaérobies strictes : Clostridium de la flore "tellurique"

Les Clostridium sont des bacilles anaérobies strictes et sporulés.
On parle de flore tellurique c'est à dire du sol. Cette dénomination ne signifie pas que les Clostridium soient des hôtes normaux du sol... En effet les Clostridium sont des hôtes des matières fécales et les retrouver dans le sol peut être dû à la contamination fécale bien plus qu'au saprophytisme !

Clostridium provenant d'une selle

Clostridium botulinum et le Botulisme

historique Bactériologie médicale (Flammarion)

Clostridium tetani et le Tétanos

Infections à Clostridium type perfringens

Colites à Clostridium difficile

Clostridium difficile est retrouvé dans les matières fécales de plus de 70% des nouveaux nés, et 3% des individus adultes réalisent un portage sain au niveau des intestins, colon et rectum essentiellement. L'administration d'antibiotiques peut rompre l'équilibre de la flore intestinale et conduire au développement de Clostridium difficile qui n'est plus en compétition avec d'autres germes. Il provoque une inflammation du colon, une diarrhée aqueuse et muqueuse très abondante et éventuellement une colite pseudomembraneuse pouvant être mortelle (20 % des diarrhées post-antibiothérapie). Ce sont de fausses membranes, contituées de débris cellulaires et de fibrine qui justifient le nom.

Des toxines sont en cause :

L'isolement est possible même s'il est délicat et la mise en évidence des toxines est indispensable pour mettre en cause la souche isolée.

La détection de C.difficile peut se faire sur la souche ou sur les selles suspectes. Elle se fait par la mise en évidence de l'action des toxines A et B. On ajoute à des cultures cellulaires un filtrat stérilisé par filtration de selles suspectes de contenir C.difficile (et donc les toxines excrétées) : l'effet cytopathogène (lyse des cellules en culture) est observé. Parallèlement on réalise sur une autre culture une inactivation des toxines par des immunsérums dirigés contre ces toxines.

Intoxication alimentaire à Clostridium perfringens.

Elle est liée à l'absorption d'un aliment fortement contaminé par des spores qui n'ont pas été détruites par le procédé de réchauffage utilisé et aliment qui a été conservé dans de mauvaises conditions d'hygiène ou surtout mal cuit. Il faut plus de 106 bactéries vivantes par g pour déclencher l'intoxication.

Les bactéries sous forme végétative et les toxines sont détruites dans l'estomac. Les spores ingérées passsent dans l'intestin où elles germent. Les formes végétatives de ces souches particulières entrent très rapidement en sporulation et produisent une entérotoxine (cristal protéique parasporal ?, enveloppe sporale excrétée en quantité excessive ?) qui provoque les troubles.

La maladie est courte et sans gravité.


3.2 La flore dite de Veillon (bactéries anaérobies strictes non sporulées)

Les autres anaérobies strictes sont essentiellement des commensales pouvant devenir pathogènes à l'occasion d'une déficience du terrain. Elles provoquent souvent des infections en association avec des bactéries aérobies.

Classification :

Bacilles gram + non sporulés: bacilles réguliers ± allongés :
Eubacterium, Lactobacillus

bacilles corynémorphes :
Bifidobacterium, Propionobacterium, Actinomyces

Coques gram + Peptostreptococcus bactéries le plus souvent très proches de Streptococcus
Bacilles gram négatif Bacteroidaceae : Bacteroides, Fusobacterium etc
Coques gram négatifs : Veillonaceae
Spirochètes : Treponema anaérobies strictes comme T. vincentii

Bacilles à Gram négatif

groupe
glucose
acide butanoïque en CPG
culture en présence de bile (5 mg)
culture en présence de vert brillant (100 µg)
pigmentation
I Bacteroides du groupe fragilis
fermenté
-
+
-
-
II genre Prevotella
fermenté
-
-
-
V
III genre Porphyromonas
non fermenté
(-)
-
-
+
IV Bacteroides autres que fragilis
non fermenté
-
V
-
-
V genre Fusobacterium
non fermenté
+
-
+
-

Deux exemples d'infections classiques :

l'angine de Vincent.

Cette angine ulcréonécrotique associe Fusobacterium et Treponema (ou Borrelia) vincentii. Elle se traduit en particulier par une odeur particulièrement forte et pestilentielle. On traite par la pénicilline G.

Infections abdominales

On trouve souvent Bacteroides fragilis, en association avec Escherichia coli dans des infections d'origine digestive.

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Évolutions de la nomenclature


Ce texte a été écrit par Jean Noël Joffin qui souhaite que vous lui transmettiez vos critiques. Merci.

compléments